Lettre 904
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Année 388 La lettre recommande le sophiste Eusébios à son homonyme, haut-fonctionnaire. Le sophiste est menacé dans son immunité par les « manœuvres » des curiales d'Antioche, que la seconde ambassade de la cité, en 388, avait tenté de faire aboutir en haut lieu (ep. 870, 878, 879, 880 et 903). Cette lettre - la première d'une série allant de 904 à 909 - décrit avec réalisme le second voyage entrepris par Eusébios, reparti à titre personnel vers Constantinople, fin 388, pour défendre sa cause. |
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Εὐσεβίῳ
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à Eusébios
1. En entendant parler du zèle que tu as opposé, avec justice, à l’injustice des ambassadeurs1 de chez nous qui tentaient d’annuler les décisions du conseil2, je me réjouissais et je me comportais en homme qui se réjouit. Mais maintenant que j’ai entendu dire que leurs manœuvres ont réussi et que tous tes efforts ont été vains, affligé, je me comporte en homme affligé : j’ai laissé tomber mes livres et je pleure, privé de celui qui, sous ma direction, faisait pâturer3 les élèves. 2. Mais l’hiver est à son commencement et cet hiver est si rude que même ceux qui sont dans leur lit ne peuvent le traverser indemne4. Le sophiste Eusébios, qui a loué des ânes, prend la route sans être assuré qu’il ne mourra pas5. Et pour sa mère6 je ne vois pas d’autre consolation que l’espoir qui vient de toi. 3. Attache-toi de nouveau à l’aider : il est là pour te montrer que, malgré le nombre et le bien fondé des arguments dont il s’est muni, on le repousse7 comme s’il n’en avait aucun de solide. |
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1. La mission officielle des ambassadeurs est de remettre l'or coronaire à Théodose ; ils cherchent en même temps à obtenir de l'empereur la levée de l'immunité du sophiste : cf. ep. 902, 1 et 903, 2. 2. Les revirements d'une partie de la curie sont déjà évoqués dans ep. 870, 2 et 907, 3. 3. Métaphore pastorale : Eusébios fait paître les « troupeaux » de jeunes gens ; il assiste en effet Libanios dans son enseignement. La métaphore du troupeau, fréquente chez Libanios, se retrouve en ep. 951, 2. 4. L'hiver de Constantinople paraît glacial au Syrien qu'est Libanios : cf. par exemple Or. I, 76. 5. Allusion aux dangers du voyage. Eusébios use d'une voiture tirée par des ânes et non des chevaux. Le voyage était sans doute fort long, environ trente jours : cf. https://orbis.stanford.edu/ 6. Cet argument revient assez régulièrement chez Libanios : secourir quelqu'un, en le rendant, comme ici, à sa patrie, c'est rendre sa mère heureuse. Cela illustre le respect et l'affection accordés aux mères par Libanios et par la société antique en général. Voir Schouler 1985. 7. C'est sa demande de conserver son immunité qui est repoussée. Eusébios risque de quitter Constantinople sans avoir obtenu gain de cause. |