Lettre 879


Année 388


(Dossier Eusébios XXII/24)


Comme dans ep. 878 et ep. 880, Libanios recommande Eusébios le sophiste qui a refusé de prendre part à la seconde ambassade antiochéenne, mais est tout de même parti pour Constantinople. Sévérinos, ancien élève de Libanios, vient d’être nommé comes rei privatae et le rhéteur le félicite. 


Σευηρίνῳ


1. Ἠκούσαμεν οἷ προὔβης, καὶ συνήσθημεν καὶ τῷ τιμήσαντι βασιλεῖ καὶ τῷ τιμηθέντι σοὶ καὶ τῇ τοιαύτην φύσιν ἀρχῇ λαβούσῃ. κεκόσμημαι δὲ καὶ ἐγὼ τῶν χρόνων ἐκείνων, ἐν οἷς ἐφοίτας, τοιαῦτα πεφυτευκότων. νόμιζε δὴ καὶ τὴν τῶν θεῶν ῥοπὴν πεποιηκέναι τι τῶν τὴν εἰς ἐμέ σου δικαιοσύνην καὶ ὁρώντων καὶ ἐπαινούντων. 2. σοὶ μὲν οὖν ἡ τοῦ γενναίου βασιλέως εὔνοια βέβαιος μένοι· Εὐσέβιος δὲ ἥκει μὲν καὶ Κυνηγίῳ χάριν φέρων, ἥκει δὲ καὶ τῆς σῆς θέας ἐπιθυμῶν, καὶ μᾶλλόν γε τοῦτο ζητῶν ἢ ’κεῖνο. 3. σὺ δ’ αὐτῷ καὶ συγγενόμενος καὶ διαλεχθεὶς καὶ εὐφράνας ἀπόπεμψον ἡμῖν τοῖς ὑπ’ ἀνάγκης καθημένοις τὸν δυνηθέντα δραμεῖν λόγους παρὰ σοῦ κομίζοντα συμβαίνοντας τοῖς ὑπὸ σοῦ περὶ ἡμῶν πολλάκις εἰρημένοις. 

     à  Sévérinos


 1. Nous avons appris à quel poste tu as été promu et nous nous sommes réjoui avec l’empereur qui t’as honoré, avec toi qui as été honoré et avec le commandement qui s’est incarné dans une personne telle que toi. J’ai été décoré moi aussi puisque ce sont ces années où tu fréquentais ma classe1 qui ont porté de tels fruits. Considère que le poids des dieux y a aussi contribué, eux qui voient et louent ta probité2 à mon égard. 2. Que la bienveillance du noble empereur te reste donc assurée ! Eusébios est venu pour accorder une faveur à Cynégios3 et il est venu aussi par désir de te contempler4, et c’est plutôt ceci que cela qu’il recherchait.  3. Toi qui l’auras côtoyé, qui te seras entretenu avec lui et lui auras été5 agréable, renvoie-le nous, à nous qui sommes contraints de rester assis6 ; lui pourra courir et nous rapporter des propos de toi conformes à ceux que tu as souvent tenus à notre sujet7.  


1. Le verbe grec est φοιτῶ, qui signifie « fréquenter », « aller souvent chez...» et, en contexte scolaire, « aller en classe ».

2. Séverinos a toujours apporté son soutien à Libanios face à ses détracteurs : ceux-ci auraient voulu le discréditer aux yeux de Théodose en l'accusant d'avoir soutenu l'usurpateur Maxime. La  lettre se conclut sur un rappel de ce soutien (cf. aussi ep. 945, 980). 

3. Ce notable d'Antioche accompagne Eusébios dans le premier voyage privé qu'entreprend le sophiste pour plaider personnellement sa cause à Constantinople. Il ne faut pas  confondre ce Cynegios avec son homonyme qui fut préfet du prétoire de 383 à début 388.

4. Le désir de « contempler » le destinataire était déjà l'un des ressorts du voyage invoqué dans la lettre précédente ! 

5. On a choisi de rendre les trois aoristes συγγενόμενος, διαλεχθεὶς et εὐφράνας par des futurs antérieurs, et δυνηθέντα par un futur. Il faut tenir compte en effet de la double temporalité propre au genre épistolaire. Libanios écrit en se projetant au moment où Eusébios, son séjour à Constantinople terminé, pourra se précipiter chez lui pour lui rapporter les propos bienveillants de Sévérinos à son sujet.

6. Ce sont ses charges professorales qui maintiennent Libanios assis sur sa chaire de sophiste. C'est aussi une allusion à la fatigue de l'âge. Cette immobilité s'oppose à la course effectuée par Eusébios de retour à Antioche

7. Il s'agit de propos favorables à Libanios, l'ancien maître de Sévérinos.