Lettre 940


Année 390

(Dossier Proclos)


Pour un certain Eréthios, victime d'une injustice (voir aussi ep. 941). Le personnage n'est pas autrement connu. Libanios est chargé d'exprimer  sa reconnaissance à Proclos et à son père Tatianos


Πρόκλῳ


1. Ἐμοὶ δοκοῦσιν οἱ θεοὶ τοῦ πατρὸς Ἐρεθίου τὴν ἀρετὴν ἀμειβόμενοι δοῦναι τούτῳ τὴν ὑμετέραν πρόνοιαν. ἦν γὰρ δὴ θαυμαστὸς ὁ πατὴρ αὐτῷ σπουδῇ μὲν καὶ περὶ λόγους χρησάμενος, πλείονι δὲ περὶ τὸ τῶν τρόπων κάλλος. 2.  δείκνυσι δὲ καὶ ὁ παῖς ὡς παῖς ὄντως ἐκείνου πρᾷος καὶ αὐτὸς εἶναι βουλόμενος. ὃς οὐδένα πώποτε λυπήσας λελυπηκότας ἤνεγκε, σεσωσμένος δὲ ὑφ’ ὑμῶν τὰ δίκαια ποιῶν μέμνηται τῶν σεσωκότων, ὡς εἰκός, εἰς μὲν ὑμᾶς ἃ προσήκει δρῶν, ἐμὲ δὲ ἐκ τῶν αὐτῶν εὐφραίνων· ὡς ἐμοὶ τοῦτο ἀκουσμάτων ἥδιστον, ὅταν ἢ σέ τις ἢ τὸν σὲ πεφυτευκότα ᾄδῃ. 3.  πολλοὶ δὲ οἱ ταῦτα ᾄδοντες καὶ ἅμα εὐχόμενοι ζῆν τε ὑμᾶς καὶ ἄρχειν, εὖνοί τινες οὗτοι καὶ ἠπείροις καὶ νήσοις εἰδότες ὅτι ταῖς ὑμετέραις βουλαῖς τἀκείνων ἐν ἀμείνοσι. 4.  καὶ τἀμὰ δὲ ἴδια πεποίηκας ἀμείνω τοῖς πρῴην ἐπεσταλμένοις, ὥστ’ ἦν τινας κατηφεῖς ὁρᾶν, οὓς ἑωρῶμεν φαιδρούς, ἡνίκα οὐκ ἐπέστελλες.

à Proclos


1.  Les dieux, à ce qu’il me semble, pour récompenser le père d’Éréthios de sa vertu, ont accordé à celui-ci votre sollicitude1. Son père, en effet, était admirable par le zèle qu’il déployait pour les discours et par celui, plus grand encore, qu’il mettait à la beauté de ses tournures. 2. Et son fils, en bon fils de son père, se montre lui aussi désireux d’être doux2. Lui qui n’a jamais causé d’ennuis à personne a supporté des gens qui lui en ont causé3 ; il a été sauvé grâce à vous, car c’est un homme juste et il se souvient de ses sauveurs, comme cela est normal, en ayant à votre égard la conduite qu’il faut, ce qui me satisfait moi aussi. Car la musique la plus agréable pour moi, c’est lorsque quelqu’un te chante4, toi ou celui qui t’as engendré5. 3. Or ils sont nombreux ceux qui chantent ainsi tout en priant pour que vous viviez et commandiez ; ce sont des hommes bienveillants tant pour le continent que pour les îles6, conscients que par vos décisions vous améliorez leur situation. 4. Ma situation personnelle aussi tu l’as améliorée par la lettre que tu as écrite récemment7, si bien qu’on a pu voir la déception de certains individus que l’on voyait radieux quand tu n’écrivais pas8


1. Le mot grec est πρόνοια.

2.Traduction littérale : sur la douceur dans l’Antiquité en général, voir Romilly (de) 1979 et, dans l'Antiquité tardive, Robert 1948.

3. λυπέω est ici un synonyme d'ἀδικέω : « causer du tort », « léser ».

4. Chanter, par métaphore, désigne la composition de discours d'éloges. Il s'agit de « chanter les louanges » de Proclos.

5. Tatianos.

6. Comme le souligne Schouler 1984 p. 798-799, Libanios, pour évoquer le monde dans sa totalité, le présente souvent « comme une addition d'éléments » à visée amplificatrice. Les dichotomies terre/mer, continents/mer ou continents/îles  sont très fréquentes. Cf. aussi ep. 1052.

7. τοῖς πρῴην ἐπεσταλμένοις : la forme γράμμασι est sous-entendue. L’ambiguïté du terme γράμματα, dont le pluriel peut correspondre à un singulier en français (« une lettre ») rend l'interprétation d'un tel passage assez délicate : Libanios fait-il allusion à une ou à plusieurs lettres précédemment écrites par Proclos ? Les plaintes répétées du sophiste sur les silences prolongés du préfet plaident plutôt pour la première de ces interprétations

8. Ici, Libanios fait allusion à des ennemis personnels qui se réjouissent à l'idée qu'il ne bénéficie pas du soutien de personnages haut placés comme Proclos et s'attristent du contraire.