Lettre 892


Année 388


À Gessios, professeur de rhétorique à Alexandrie, qui reçoit aussi  l'ep. 1042 et est évoqué en ep. 1111. Libanios lui conseille de se marier et d'avoir des enfants.


Γεσσίῳ


1. Αἴγυπτον τὴν ἱερὰν καὶ κατὰ τοῦτο φιλῶ, ὅτι μοι καὶ πέμπει σὰς ἐπιστολὰς καὶ τοιαύτας. θαυμάζω δὲ αὐτὰς οὐκ ἀποστὰς τῶν φίλων ἐν γωνίᾳ τινὶ τοίχῳ προσθεὶς ἐμαυτόν, ἀλλ’ ἐν πολλοῖς ἑταίροις τοῖς ὁρᾶν κάλλη τοιαῦτα δυναμένοις. καὶ ἅπερ εἰκὸς ἀκολουθεῖ, κρότος τε καὶ τὸ τίς ἂν ἦν ὁ Γέσσιος ἀνάγκην ἔχων τὸ μὴ πλουτεῖν εἰς τὸ διδάσκειν; 2. σὲ μὲν οὖν ἐπαινοῦμεν, τῇ Τύχῃ δὲ ἐγκαλοῦμεν, ὅτι μὴ παῖδάς σοι τρέφομεν ἐν οἷσπερ σὲ πρότερον, καὶ ταῦτα τρέφοντες ἑτέρους ἐν οἷσπερ αὐτῶν τοὺς πατέρας. 3. ποίει δὲ καὶ σαυτὸν αἰτίας ἔξω γάμῳ χρώμενος μᾶλλον ἢ περὶ γάμου βουλαῖς. ἔχει δὲ ἡ γῆ κόρας καὶ ἀρκεῖ βουληθῆναι. δέδοικα δὲ μὴ δεινοί τινες ἐν λόγοις, οἱ μὲν παρόντες λέγοντες, οἱ δὲ καὶ ἀπόντες γράφοντες, ἐπαινῶσι πρὸς σὲ τὸν ἄνευ γυναικός τε καὶ παίδων βίον.

à Gessios

 

1. L'Égypte sacrée, voici pour moi une raison supplémentaire de l'aimer : elle m’envoie des lettres de toi et des lettres d'une telle qualité. Je les admire, non pas rencoigné, à l’écart de mes amis, dans l'angle d'une pièce, mais au milieu de nombreux compagnons qui peuvent voir de telles beautés1. Ce qui est normal s’ensuit, des applaudissements et la question : « qui peut bien être ce Gessios qui pour enseigner doit nécessairement renoncer à s'enrichir2 ? » 2. Nous te louons donc et nous accusons la Fortune parce que nous ne formons3 pas d’enfants à toi comme nous t’avons formé auparavant et cela alors que nous en formons d’autres comme nous l'avons fait pour leurs pères. 3. Mets-toi hors de cause en recourant au mariage plutôt qu'en te livrant à des réflexions4 sur le mariage. La terre porte des jeunes filles et il suffit de vouloir. Mais je crains que certains hommes habiles ne te fassent, dans leurs discours, l’éloge d’une vie sans femme et sans enfants, les uns, présents et de vive voix, les autres, absents et par leurs écrits. 


1. Réflexion intéressante : les lettres sont lues dans des cercles de proches et d'amis rassemblés autour du destinataire et considérées comme des objets littéraires dont on admire la beauté, au même titre que des discours (cf. ep. 996, § 1). Elles perdent de ce fait leur dimension intime. De plus, Gessios étant un ancien élève de Libanios, c'est la réputation même du maître qui est servie par les talents littéraires du disciple.

2.  On peut être sensible ici à la lucidité, teintée d'amertume, de Libanios qui sait que le métier de professeur n'est guère lucratif et qu'il vaut mieux choisir d'autres carrières si l'on veut s'enrichir...

3. Le verbe τρέφω, « former », au sens d'élever, éduquer, est répété pour souligner l'importance de cette continuité éducative. Libanios est également toujours soucieux de l'avenir des écoles de rhétorique et de sa classe en particulier.

4. Le grec conserve le même verbe, χρῆσθαι, pour dire « user, se servir » du mariage et des réflexions sur celui-ci.