Lettre 1111
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Année 393 Lettre adressée à Brasidas, membre de la cour qui est proche de Rufin et qui est susceptible de fournir à Libanios des renseignements sur le préfet pour la rédaction de son panégyrique. |
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Βρασίδᾳ
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à Brasidas 1. Le grand Rufin a ajouté de grandes faveurs à de grandes faveurs : à celles qu’il m’a accordées la première fois qu’il m’a vu – elles étaient inattendues – il en a ajouté pendant son séjour ; de ces faveurs les premières, les deuxièmes et les troisièmes participaient de la même forme d’honneur1. 2. Et assurément celles d’aujourd’hui2 ne le cèdent pas à celles-là et même plus elles l’emportent sur elles et les surpassent. Ce n’est pas la même chose, pas du tout la même chose de faire l’éloge d’un ami3 que l’on a sous les yeux ou qui est très éloigné4, ni d’honorer quelqu’un qui est présent ou dont une grande distance nous sépare. 3. La plupart des gens en effet s’attendaient à ce que lui, auprès du noble empereur et à vos côtés, n’ait plus vraiment souvenir de moi. Mais il a produit des discours à mon sujet tout au long de la route, des cités et des étapes, plus ou moins importantes, et il en fait de même chez vous aussi, comme toi et beaucoup d’autres avant toi et avec toi le faîtes savoir : ce qu’il a trouvé en moi il le place, dit-il, au-dessus de tout. 4. Quant à moi, j’ai subi bien des atteintes de bien des maladies depuis le jour où je suis rentré après avoir escorté5 cet homme, chacune d’elle cherchant à me mettre à terre. Mon seul allié contre elles, mon seul remède était l’honneur reçu de ce grand homme. Voilà ce qui me soutient ; à lui je veux faire un don en échange6, mais j’en suis empêché parce je suis ignorant des faits que vous connaissez7. 5. Vous qui les connaissez aidez donc celui qui ne les connais pas et adressez-nous des écrits une fois que vous aurez forcé l’homme qui s’y refuse à m’en informer8. Car il est terrible que de toutes les actions belles et admirables accomplies par le même esprit et la même nature9 les unes soient dites, les autres tues, qu’on puisse révéler les unes quand les autres restent ignorées. |
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1. Quelles sont les différentes « faveurs » dont s’enorgueillit Libanios ? La première fois qu’il a vu le préfet fut vraisemblablement lors de son arrivée à Antioche, au cours de la cérémonie de l’adventus qui a marqué l'entrée du haut fonctionnaire dans la cité. Sans doute le préfet a-t-il, dès ce premier contact, manifesté son attention et son respect au vieux professeur. Les secondes faveurs renvoient à toutes les marques d’estime qu’il a accordées au rhéteur lors du séjour ; enfin, les troisièmes renvoient à tous les propos qu’il a tenus au cours de son voyage de retour en particulier lors de ses arrêts dans les différentes cités et lieux d’étape (il utilise le cursus publicus). 2. C'est-à-dire les faveurs d'aujourd'hui. Désormais revenu à Constantinople, le préfet continue de dire du bien de Libanios, ce qui prolonge les honneurs reçus à Antioche et leur fait écho. 3. Libanios se qualifie d'ami pour parler de sa relation avec Rufin ; le terme peut surprendre car il n'est peut-être pas approprié (voir ep. 865). S'agit-il de la part de Libanios d'une marque d'orgueil, d'un calcul politique ou de l'usage d'un terme plus conventionnel dans le contexte épistolaire ? 4. Le grec emploie l’expression διὰ τοσούτου τοῦ μέσου qui peut avoir un sens spatial ou temporel ; la visite de Rufin à Antioche étant assez récente, on a privilégié le premier sens. 5. La profectio est le pendant de l’adventus au départ de l’empereur ou d’un de ses représentants en visite officielle. On s’avance jusqu’à une étape qui marque la limite du territoire de la cité. 6. Il s'agit du panégyrique que Libanios souhaite composer en l'honneur de Rufin. 7. Libanios s'adresse par l'intermédiaire de Brasidas au cercle proche de Rufin. 8. Rufin n’a donné lui-même aucune information sur ses actions, car il n’a pas répondu aux lettres de Libanios. Celui-ci se tourne donc vers un proche pour en obtenir. Il est intéressant de voir le souci qu’a le rhéteur de se renseigner auprès du principal intéressé pour pouvoir composer son panégyrique. Ce qu'on sait de la politique de Rufin est documenté essentiellement par la législation (les lois qui lui sont adressées sont répertoriées dans PLRE I, R. 18.) |