Lettre 958
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Année 390 Première lettre d'une série de deux (cf. ep. 977) relatives au sort d'une femme condamnée puis innocentée par l'empereur lui-même. Libanios compte sur l'envoi par Eusébios d'un document officiel attestant cette levée de peine. |
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Εὐσεβίῳ
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à Eusébios 1. Avec noblesse tu as pleuré Olympios1 et tu m’as loué : ta peur que je ne devienne fou de chagrin vaut plus en effet, pour un éloge, que n’importe quel long discours. 2. Il aurait fallu cependant que toi, qui éprouvais cette crainte et qui as dissipé par une grande action la grande crainte qui était la mienne2, tu ne sois pas toi aussi une cause de chagrin : celui que m’a valu l'impossibilité de secourir une femme dans le malheur3. 3. Certes la sanction a été levée par la main de l’empereur, mais le document qui devrait normalement être en notre possession ne l’est pas4. Celui qui l’a empêché est notre ami Eusébios, qui l’a reçu, qui le retient et qui nous écrit sur d’autres sujets mais laisse de côté celui-là. 4. Voilà mon châtiment, à ce qu’il semble, pour les discours et les actions que j’ai produits contre toi5 en faveur de Théophilos6. J’ai en effet entendu dire quelque chose de ce genre et c’est le sycophante lui-même qui m’a averti. Moi, je m’étonne non pas que l’on ait inventé une telle histoire, mais que tu n’aies pas lancé de pierres contre celui qui l’a racontée. |
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1. Olympios, l'ami de Libanios, est mort en 389. 2. L'allusion est obscure. On ne sait à quelle crainte, liée à la mort d'Olympios, il est fait allusion. 3. La tournure grecque ne permet pas de préciser qui, d'Eusébios ou de Libanios, a été dans l'incapacité d'aider la femme en difficultés. C'est le contexte de la lettre qui permet de comprendre que Libanios se sent impuissant car il n'a pas réussi à accélérer la procédure en incitant Eusébios à envoyer rapidement à Antioche un document officiel (cf. note 4). Petit 1994, p. 100, écrit : « Il [Eusébios] a oublié ou négligé de faire parvenir une pièce officielle indispensable pour une femme en procès. » Dans ep. 977, on apprend qu’Eusébios l'a finalement sauvée. On ne sait rien de la femme en question mais le fait qu'elle soit en procès et que l'empereur lui-même intervienne dans son affaire laisse penser qu'elle avait un certain statut social. 4. Ce document innocentant la femme devait être transmis à Antioche. Dans l'expression « en notre possession », « notre » renvoie aux Antiochéens. 5. Le « contre toi » est ironique ; à la fin de la lettre, Libanios dément avoir tenu des propos hostiles à Eusébios ou agi contre ses intérêts. 6. Collaborateur de Libanios : cf. ep. 977 et note 1. |