Lettre 987
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Année 390 Lettre qui concerne Infantios, le fils de Modestos, mort à ce moment-là. Infantios a quitté son poste de consulaire de Syrie où il s'est comporté en suivant le double exemple de son père et de Tatianos. |
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Τατιανῷ
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à Tatianos 1. Après avoir quitté ses occupations, occasions pour nous de lui adresser des éloges, il rentre chez vous1 le noble Infantios, lui qui parlait quand il le fallait et se taisait quand il le devait sans être poussé par l’orgueil dans un cas comme dans l’autre2, conduite semblable à celle de son père, le noble Modestos, qui aurait peut-être pu faire des reproches à un autre mais n’aurait pas donné à un autre de prise sur lui-même ; c’est pourquoi on pouvait souvent entendre dire chez nous qu’il3 était tout à fait le portrait de son père. 2. Il forme le vœu d’imiter l’homme qu’il était4 et d’être à son image, il forme aussi le vœu d’imiter ta conduite : c’est grâce à elle qu’avant même de parvenir là où tu es5, il était évident, pour les gens sensés, que tu y parviendrais, la situation elle-même appelant ta vertu à son secours. 3. Chaque fois que nous nous rendions auprès d’Infantios, nous y allions en nombre, admiratifs de son caractère et décidés à demander de justes faveurs6 ; c’est volontiers qu’il se mettait à parler de toi en bien, il y passait volontiers du temps et c’est à regret qu’il s’interrompait. Grâce à sa grande amitié pour toi, il se gagnait des amis. Tu nous as ainsi ensorcelés7 par les bienfaits que tu donnes à la terre entière : quiconque n’est pas dans cet état est impie8 et on le rejette. 4. Quant à nous, nous ne faisons pas partie des impies mais de ceux qui remercient le très philanthrope empereur9 parce que grâce à lui – grâce à toi aussi – l’ensemble de ses sujets est uni et que ses décrets vous illustrent, toi et lui. 5. Nous demandons que les dieux t’accordent une très longue vieillesse et que ton pouvoir se maintienne. Nous ne demandons pas que tu te maintiennes à ce commandement puisque cela nous est déjà donné, par décision de la tête sacrée qui tient les rênes de toutes choses. Car il ne nous a pas échappé qu’il ne porte les yeux sur personne d’autre. 6. Je m’en réjouis donc, et aussi que tu te réjouisses de mes lettres. Certes, mon profit serait plus grand si je recevais des lettres10. Mais je tire également un honneur non négligeable de ce que, partout sur terre, on dise que je compte pour toi. |
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1. À Constantinople. 2. Expression d'une certaine maîtrise de soi proche de la σωφροσύνη. Ces qualités morales sont aussi comprises dans la notion d'ἐπιεικεία (cf. ep. 848). 5. Sa position de préfet du prétoire. 6. Il n'est pas certain que Libanios évoque ici les audiences régulières (4 audiences mensuelles) accordées par le gouverneur aux représentants de la cité dans son prétoire. Il s'agit ici plutôt de visites, à titre privé, rendues par Libanios et d'autres Antiochéens en vue de présenter des requêtes. Libanios était coutumier de ces démarches, surtout lorsqu'un lien personnel l'unissait au gouverneur. 7. ἐγοήτευσας : le verbe γοητεύω («ensorceler », « charmer ») fait référence à la dimension orale de la magie, aux incantations et formules utilisées pendant les rituels. 8. Le choix de cette image est possible car Tatianos est païen. Ce vocabulaire religieux est officiel et se retrouve dans les périphrases employées, par exemple « tête sacrée » au § 5 pour l'empereur. Libanios emploie le même vocabulaire pour Tatianos. 9. Théodose. 10. Au milieu d'une rhétorique élogieuse très appuyée, on notera que Libanios glisse cette remarque, comme un reproche voilé, sur l'absence de lettres reçues. |