Lettre 970


Année 390


(Dossier Proclos)

(Dossier Tatianos)


Pour qu’il incite son père Tatianos à subventionner la venatio d’Argyrios le Jeune.


Πρόκλῳ


1. Ἕπεσθαι τοῖς πατράσιν ἀξιῶν Ἀργύριος ὁ πολιτευόμενος ἐπὶ ταῖς καλαῖς λειτουργίαις διά τε θηρίων καὶ τῶν πρὸς ταῦτα μαχομένων ἀνθρώπων εὐφραίνει τὴν πόλιν ἡμῖν. 2. καλὸν δὲ αὐτῷ τοῦτο γενέσθαι παρ’ ὑμῶν, ὃ καὶ τῷ πατρὶ τῷ τοῦδε παρὰ τοῦ τότε ἐν ᾧπερ νῦν ὁ σὸς κάθηται καθημένου. τουτὶ δὲ ἦν πόροι καὶ χρήματα, μέρος τῆς δαπάνης οὐ μικρὸν συνδιαφέρον τὸν περὶ ταῦτα πόνον, ἐπικουρία τις τοῖς ἔνδοθεν ῥέουσιν ἀπὸ τοῦ προστεθέντος, ἡδονὴ δὲ οὐ μείζων τοῖς λαμβάνουσιν ἢ τοῖς διδοῦσιν. οὕτως ἐν τῷ τὰ τοιαῦτα βοηθεῖν κερδαίνειν ἐνόμιζον. 3. ἀπαιτοῦμεν δὴ διὰ σοῦ τὸν εὐδαίμονα Τατιανόν, —πῶς γὰρ οὐκ εὐδαίμων τοιοῦτος μὲν αὐτὸς ὤν, διὰ τοιούτου δὲ παιδὸς τοιαῦτα δεικνύς; —ἀπαιτοῦμεν οὖν ἴσα, μᾶλλον δὲ καὶ μείζω παρὰ πολὺ κρείττονος, ἐπεὶ καὶ οὐκ ὄντων παραδειγμάτων αὐτὸς ἂν τοῦτον ἡμῖν εἰκότως ἐτίθει τὸν νόμον.

à Proclos


1. Jugeant digne de suivre ses pères, le curiale1 Argyrios fait le bonheur de notre cité en se chargeant des belles liturgies des fauves et des hommes qui les combattent2. 2. Que lui soit accordée par vous cette faveur qui fut aussi accordée à son père3 par celui qui siégeait alors là où le tien siège aujourd’hui4. Cela consistait en moyens et en argent5, une partie de cette dépense étant une contribution non négligeable aux efforts déployés dans ces services ; c’était un secours, sous forme d’appoint, porté à ceux qui dépensaient leurs ressources personnelles6 et un plaisir aussi grand pour ceux qui recevaient que pour ceux qui donnaient. Ils considéraient ainsi être gagnants en accordant de telles aides. 3. Nous sollicitons donc par ton entremise l’heureux Tatianos – en effet comment un tel homme pourrait-il ne pas être heureux, étant tel qu’il est et montrant de telles vertus à travers un tel fils ? – nous sollicitons donc la même chose et même encore davantage de la part de celui qui est beaucoup plus puissant7 : même s’il n’y a pas d’exemple, il serait normal que lui-même institue pour nous cet usage8


1ὁ πολιτευόμενος : « celui qui participe aux affaires de la cité » prend à partir du IVe s. le sens banal de curiale.

2. Allusion aux venationes, chasses qui opposent soit des hommes à des bêtes sauvages soit des animaux entre eux. Ce sont des munera. Nombreuses sont les mosaïques qui représentent des scènes de chasse, mais pas forcément en contexte de spectacle public. D'après Liebeschuetz 1959, p. 122, il s'agit ici de chasses qui font partie des jeux donnés par le syriarque.

3. Argyrios l'Ancien. 

4. Tatianos, le père de Proclos, est alors préfet du prétoire. Il est difficile de préciser qui fut le prédécesseur dont parle Libanios.

5. L'organisation des chasses est une lourde charge : le préfet du prétoire pourrait, par l'intermédiaire de tous ses subordonnés, aider les liturges par la fourniture de bêtes sauvages que des expéditions vont chasser dans d'autres provinces, notamment en Asie : Liebeschuetz 1959 ; sur le commerce des bêtes sauvages avec l'Afrique, Bertrandy 1987 ; le préfet accorde une aide financière (cf. note 8).

6. Les munera entament souvent considérablement la fortune des curiales. Sur l'organisation des spectacles qui mettent les curiales en difficulté cf. Lib., Or. XXXIII, 14 ;  Delmaire 2003.

7. Tatianos, préfet du prétoire, est plus puissant que son fils. 

8. Libanios demande que Tatianos crée un précédent en facilitant la liturgie d'Argyrios.