Lettre 938


Année 390


(Dossier Proclos)


Ici, Libanios commente la réception d'une lettre de Proclos, apparemment inespérée. Avec des effets de dialogue au style direct, il met en scène, de manière ironique, ses doutes et questionnements sur les raisons de cette lettre, dont il passe sous silence le contenu et demande à Proclos des explications.


Πρόκλῳ


1. Σὺ μὲν ἡμῖν ἐγκαλεῖς τὸ παύσασθαι γράφοντας, ἡμεῖς δὲ σοὶ τὸ μηδὲ ἐπεσταλκέναι πρὸς ἡμᾶς, ἀφ’ οὗ ταύτης ἥψω τῆς ἀρχῆς τῆς μεγάλης, ὥστε με μᾶλλον εἰδέναι Φοινίκῃ χάριν ἢ Θρᾴκῃ. 2.  θαυμαστὸν δὲ καὶ τοῖς ἑταίροις ἐφαίνετο τὸ μηδεμίαν ἡμῖν ἐλθεῖν ἐκεῖθεν ἐπιστολήν, καὶ προσιόντες ἠρώτων, ὅτῳ τοῦτο γέγονεν. ἐγὼ δὲ ἠρυθρίων μέν, ἐπειρώμην δὲ ὅμως λέγειν τι, λέγειν δὲ οὐδὲν ἐδόκουν, ἀλλ’ ἀεὶ τὸ λεγόμενον ἀσθενὲς εἶναι ἐφαίνετο. 3. μόλις δὲ ἐνεθυμήθην καὶ εὗρόν τι καὶ εἶπον ὅτι, ὦ φίλοι, τούτου τοῦ πράγματος αἴτιον οἱ λόγοι πολλοί τε καὶ παρὰ πολλῶν τῷ καλῷ Πρόκλῳ καὶ ποιούμενοι καὶ δεικνύμενοι καὶ ῥώμην ἔχοντες ὅσην εἰκὸς παῖδας ἀκμαζόντων   τῶν πατέρων, ἡμεῖς δὲ ἐν γήρᾳ τε πολλῷ καὶ τῷ μόλις κινεῖσθαι. 4. ταῦτα λέγων οὐ κακῶς ἐδόκουν λέγειν. εἶθ’ ἡκόντων τουτωνὶ τῶν νῦν γραμμάτων ἕτερον ἀνέφυ ζήτημα τὸ τί ταύτην ἐποίησε τὴν ἐπιστολήν; οὐ γὰρ δὴ θεῶν τις τὸ γῆρας ἀποξύσας ἔθηκέ με νέον ἡβώοντα. πάλιν τοίνυν ἐνταῦθα πάντα κινῶν ἀεί τι νομίζων εὑρήσειν εὗρον οὐδέν. εἶθ’ ὑπ’ αὐτῆς τῆς ἀπορίας εἶδον ὅτι χρὴ παρὰ σοῦ μεταπέμπεσθαι τὴν λύσιν.

à Proclos


1. Toi, tu nous reproches d’avoir cessé d’écrire, mais nous, nous te reprochons de ne jamais nous avoir adressé de lettre depuis que tu as pris en main ce grand commandement1 si bien que j'ai plus de reconnaissance pour la Phénicie2 que pour la Thrace3. 2. Il paraissait tout aussi étonnant à mes compagnons qu’aucune lettre ne nous soit parvenue de là-bas4 et ils m’abordaient pour me demander comment l'expliquer. Et moi, je rougissais, j’essayais cependant de dire quelque chose, mais j’avais l’impression de ne rien dire, car ce que je disais me paraissait toujours insuffisant. 3. J’ai réfléchi à grand peine, j’ai trouvé quelque chose et j’ai dit : « mes amis, la cause de cette affaire, ce sont les nombreux discours en l’honneur du noble Proclos que de nombreux rhéteurs ont composés et présentés au public et qui ont la force attendue chez des enfants5 dont les pères sont au sommet de leur âge6, alors que nous, nous sommes dans une vieillesse avancée et nous avons de la peine à nous déplacer7. » 4. En parlant ainsi, j’avais le sentiment de ne pas parler à tort. Puis est arrivée la lettre d'aujourd'hui, et une autre question a germé : pourquoi cette lettre8 ? Car assurément il n’y a pas eu de dieu pour réduire ma vieillesse9 et faire de moi un jeune homme dans la fleur de l’âge10 ; agitant donc encore une fois toutes mes pensées dans l'idée que je trouverais quelque chose, je n’ai rien trouvé. Puis, face à cette difficulté, j’ai compris qu’il fallait aller chercher la solution auprès de toi. 


1 Cette charge prestigieuse est la préfecture de la Ville (Constantinople).

2. Proclos a été consulaire de Phénicie. 

3. Allusion à Constantinople et à sa région. 

4. « Là-bas » se réfère à Constantinople.

5. La métaphore des discours qui sont les enfants de leurs pères rhéteurs est fréquente chez Libanios. 

6. ἀκμαζόντων : qui sont « au sommet de leur âge » ; cela pourrait  signifier aussi  « au sommet de leur carrière ». Mais les allusions de Libanios à son grand âge font plutôt privilégier, par opposition, le premier sens.

7. Libanios suggère que Proclos aurait donné la préférence à des rhéteurs plus jeunes et prolifiques et aurait, de ce fait, négligé le vieux maître. Voir aussi ep. 856, 2.

8. Littéralement : « qu'est-ce qui a provoqué cette lettre ? »

9. Citation homérique, Il. 9, 446 : τὸ γῆρας ἀποξύω. Lit. ἀποξύω signifie « gratter », « racler ». 

10. Forme épique du participe du verbe ἡβάω.