Lettre 899


Année 390


(Dossier Tatianos)


La lettre évoque le petit-fils de Tatianos, fils de sa fille, envoyé auprès de son grand-père. Il s’appelle Tatianos comme lui. Plus tard, ce petit-fils rédige une inscription où il honore son grand-père ; elle a été retrouvée à Aphrodisias. 


Τατιανῷ 


1. Μακάριος μὲν ὁ πέμπων τὸν νέον ὁ πατήρ, μακάριος δὲ ὁ δεχόμενος ὁ πάππος, μακάριος δὲ αὐτὸς ὁ τοιαύτην ὁδὸν ἐρχόμενος καὶ τὸν αὐτὸν ἔχων τῆς μητρός τε πατέρα καὶ παιδευτήν. 2. ὢν γὰρ ὑπὸ σοὶ καὶ σοὶ συζῶν καὶ λόγων τε ἀκούων καὶ ἔργα θεώμενος τὰ μὲν ἐν ἡμέραις δρώμενα, τὰ δὲ ἐν νυξὶ πραττόμενα, θυμόν τε δίκαιον καὶ φιλανθρωπίαν εὔλογον γαστέρα τε καὶ ὕπνον κρατούμενον ἄλλα τε οἷς εὐφραίνεις τοὺς τὸν οὐρανὸν οἰκοῦντας ὑπὸ τοῖς ἐκείνων ὄμμασι χρώμενος ταῖς ἀρεταῖς—ταῦτ’ οὖν ἡμῖν παιδεύσει τε τὸν νέον Τατιανὸν καὶ δώσει μὴ λείπεσθαι τοῦ ὁμωνύμου τῶν θεῶν αὐτὸν ἀγόντων εἰς τὴν ἴσην πολιάν. 3.  εἰ δ’ οὕτω τραφείη, πάνυ μοι δοκεῖ βελτίων ἔσεσθαι τῶν ἐπ’ ὄνομα μὲν πόλεως φερομένων, φερόντων δὲ ἐκεῖθεν, τῶν μὲν οὐδέν, τῶν δὲ κομιδῆ μικρά.

à Tatianos


1. Heureux le père qui envoie son fils, heureux le grand-père qui le reçoit, heureux celui qui emprunte cette route1 et qui trouve dans le même homme à la fois le père de sa mère et un maître. 2. Il est en effet sous ta conduite, il vit avec toi, il écoute tes paroles et il observe tes actions2, celles que tu accomplis de jour, et celles que tu réalises de nuit, il observe aussi ton cœur juste, ta générosité raisonnable, ton ventre et ton sommeil maîtrisés3, mais également ce par quoi tu réjouis ceux qui habitent le ciel en cultivant les vertus sous leurs yeux. Selon nous, tout cela fera l’éducation du jeune Tatianos et lui permettra d'être à la hauteur de son homonyme si les dieux le conduisent jusqu’à un âge aussi avancé4. 3. S’il est élevé ainsi, il me semble qu’il sera vraiment meilleur que ceux qui sont portés à faire la gloire de la cité, mais dont l'action tantôt ne porte aucun fruit, tantôt bien peu5


1. Celui qui emprunte la route est donc le petit-fils, Tatianos 1 (PLRE II, p. 1053-1054). 

2. L'apprentissage de l'action politique, administrative, tout comme celui de la pratique religieuse, se fait par l'observation des gestes, paroles et attitudes des aînés. Il n'est pas de formation à l'action publique autrement que par imitation.

3. La maîtrise du ventre et du sommeil sont deux expressions de la σωφροσύνη et de la φιλοπονία, deux vertus essentielles dans la morale libanienne.

4. On ignore l'âge exact de Tatianos, qui est déjà grand-père ; la formule exprime le souhait banal que le petit-fils vive aussi vieux que son aïeul.

5. La traduction s'est efforcée de rendre le polyptote : φερομένων, φερόντων. Ceux qui sont portés à servir la gloire de leur cité sont les curiales. Ici,  le nom « cité » sans article peut renvoyer à la cité en général.