Lettre 1083


Année 393



Lettre adressée à Ioulianos, gouverneur dont le fils a triomphé en justice. Cette victoire judiciaire est célébrée à travers toute la lettre, notamment sur le mode épique au début. Le sort du père et du fils se confondent au point que la victoire est autant celle du fils que d'Ioulianos lui-même.


Ἰουλιανῷ


1. Μέγας ἦν ὁ Μιλτιάδης μετὰ τὴν ἐν Μαραθῶνι νίκην καὶ μέγας ὁ Θεμιστοκλῆς μετὰ τὴν ἐν Σαλαμῖνι καὶ μέγας Ἀριστείδης μετὰ τὴν ἐν Πλαταιαῖς καὶ μέγας Ἰουλιανὸς μετὰ τὴν νῦν, ἣν ᾄδει γῆ καὶ θάλαττα καὶ πόλις ἅπασα μείζων τε καὶ ἐλάττων. 2. ἐνίκα δὲ οὐ περιδραμὼν οὐδὲ πολλὰς κόψας θύρας οὐδὲ χειρῶν ἁψάμενος οὐδὲ ἱκετεύσας οὐδὲ δακρύσας οὐδὲ αἰτήσας ἐν δωρεᾷ τὴν σωτηρίαν, ἀλλ’ ὁ μὲν ἐσίγα, τὰ πράγματα δὲ ἐβόα καὶ τὰ βεβιωμένα σοί τε καὶ αὐτῷ τὴν ἀπολογίαν εἶχεν ἀνδρὸς ἀγαθοῦ καὶ τῶν ἀρχόντων ἄρχοντος τὴν ἀλήθειαν αἰδουμένου. 3. καὶ οἱ μὲν ἔλεγον· σωζέσθω παῖς ἄριστος, οἱ δέ· μὴ λυπείσθω πατήρ, δικαιοσύνης ἑταῖρος πλοῦτον ἄδικον ἐν πολλαῖς ἀρχαῖς φυγών. ἐκράτει τοίνυν ὁ μὲν παρών, σὺ δὲ ἀπών. δῆλον τοίνυν ὅτι μέλει τοῖς θεοῖς τῶν ἐν ἀρετῇ ζώντων. καὶ γηροτροφοῦ παρὰ τῆς ἐκείνων εὐνοίας καὶ σύγχαιρε μὲν σαυτῷ τοιαῦτα τετιμημένῳ, χαῖρε δὲ ὑπὲρ παιδὸς τοιαῦτα μετὰ καλοῦ σχήματος δεδυνημένου.

à Ioulianos1

 

1. Grand fut Miltiade après la victoire de Marathon, grand fut Thémistocle après celle de Salamine, grand fut Aristide après celle de Platées2, et grand est Ioulianos après celle d’aujourd’hui que chantent la terre, la mer et toutes les cités, grandes et moins grandes. 2. Pour être victorieux, il n’a pas couru partout ni frappé à beaucoup de portes, il n’a pas touché beaucoup de mains, il n’a pas supplié ni pleuré ni demandé le salut en pur don ; mais il gardait le silence, ce sont les faits qui parlaient haut et fort et ta vie et la sienne prenaient la défense d’un homme de bien qui, au milieu des gouverneurs, gouverne dans le respect de la vérité3. 3. Les uns disaient : « Qu’il soit sauvé, cet excellent fils ! » et les autres disaient : « Que le chagrin épargne le père, lui qui est compagnon de la justice, et qui a renoncé à s’enrichir de manière injuste pendant ses nombreux commandements ! » Vous l’avez emporté, lui, présent, toi, absent. Ceux qui vivent dans la vertu importent aux dieux, c’est une évidence. Les soins dus à la vieillesse, reçois-les de leur bienveillance4 et réjouis-toi en ton for intérieur d’avoir reçu de telles marques d’honneur ; réjouis-toi aussi pour ton fils qui a pu obtenir un tel succès d’une belle manière.


1Ioulianos dont le fils a gagné un procès ou échappé à une accusation. 

2. Les références aux grandes victoires des Guerres Médiques (Marathon, 390 av. J.-C. ; Salamine, 380 av. J.-C ; Platées, 379 av. J.-C) et aux héros de ces combats font partie des topoi de la « tradition hellénique » et Libanios n’y déroge pas : voir Pellizzari 2017, p. 422 et note 99. La comparaison avec les victoires remportées dans un contexte judiciaire peut paraître un peu forcée et la flatterie exagérée.

3. Allusion aux charges (sans doute un ou plusieurs gouvernements provinciaux) que détenait Ioulianos : l'éloge est assez conventionnel et correspond au portrait idéal du gouverneur, selon Libanios : ami du Bien, du Juste et du Vrai. Il comporte aussi une critique implicite des autres dirigeants.

4. Celle des dieux. L'insistance sur l'aide des dieux, apportée à la fois à Ioulianos et à Libanios, est notable à cette époque (393).